Un Boulanger Viennois nommé Otto Löwy

 

La Wetterenoise est l'oeuvre d'un homme exceptionnel dont la vie pourrait fournir le scénario d'un film ou la matière d'un roman: Otto Löwy, né à Vienne le 21 décembre 1918. A cette époque, la capitale autrichienne se remet à peine des affres de la première guerre mondiale, son climat est sinistre et ses rues hantées par la misère.

Dès son adolescence, Otto manifeste le désir d'être boulanger. Est-ce parce qu'il n'a pas toujours mangé à sa faim? Ou parce qu'il est fasciné par les prouesses des artisans viennois dont la réputation dépasse les frontières du pays? Toujours est-il qu'Otto, après une scolarité classique, suit une formation chez un maître-boulanger.

A Vienne en 1935 A Vienne, en 1935.
Otto Löwy est le deuxième apprenti debout, en partant de la droite.
Lors de l'anschluss, il est contraint et forcé de quitter Vienne. Détenteur d'un bagage professionnel hors du commun, il arrive à Bruxelles où il parfait ses connaissances chez différents patrons.

Il travaille parfois pour deux personnes à la fois: 8 heures chez l'une, 8 heures chez l'autre... jusqu'à l'arrivée des Allemands. Otto est déporté en France. Mais il parvient à s'échapper et regagne la Belgique clandestinement. Pour survivre, il exerce son métier dans des conditions difficiles et des sous-sols camouflés, sur un tout petit four...

Après la guerre, Otto s'installe en 46 Place du Vieux Marché au Grain où il reprend un commerce géré auparavant par des artisans de Wetteren. Fort de son savoir-faire acquis à Vienne, il parvient à tirer le meilleur parti des pauvres récoltes d'après-guerre. Véritable magicien de la boulangerie, il est capable de fabriquer des bons pains à partir de farines de médiocre qualité.

Son talent ne passe pas inaperçu et très vite, Otto se constitue une clientèle de fidèles, dont certains sont encore aujourd'hui des inconditionnels du pain de la famille.

En 47, Otto reprend la boulangerie Goudailler et invite ses clients à le suivre au 164 chaussée de Wavre, dans sa nouvelle boutique qu'il rebaptise "La Wetterenoise".

La Femme du Boulanger La Femme du Boulanger
Elle pose devant l'entrée du premier magasin à l'enseigne de La Wetterenoise

La nuit il est aux fourneaux et le jour il livre, ce qui lui laisse peu de temps pour la sieste (il ne dort que 4 heures par jour).

Au début, il utilise pour ses livraisons des charrettes tirées par des chevaux, comme beaucoup de commerçants de cette époque. Mais assez rapidement il se lasse de ce moyen de transport qui implique une série d'obligations: s'occuper des chevaux, nettoyer les écuries.... comme si Otto n'avait pas autre chose à faire. Assez vite, il échange ses charrettes et ses chevaux contre un triporteur. Plus tard, le succès aidant, il s'offre sa première camionnette.

Poussé par sa nature ambitieuse, il ouvre plusieurs succursales et étend ainsi la notoriété de la Wetterenoise à la capitale tout entière. Parallèlement, il devient le fournisseur des plus grands hôtels de Bruxelles.

Le temps passe.

La fille aînée d'Otto entreprend des études de médecine. Le fils aîné apprend le métier de pâtissier (une profession soeur de celle de son père) et se forge rapidement une excellente réputation. Le petit dernier quant à lui, opte pour ... les sciences politiques.

C'est pourtant lui qui, à la mort d'Otto en 1980, reprend les rennes de l'entreprise. Avec l'aide de sa maman - qui jusqu'à sa naissance a toujours épaulé son mari- il s'initie au métier.

Il décide de développer l'affaire en lui assurant une autonomie suffisante par rapport aux clients et en développant sa propre chaîne de magasins.

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