La croûte des gueux
Au Moyen Age, de nouvelles techniques sont apparues (notamment avec les
invasions barbares) qui en théorie devaient faciliter la confection
du pain: le collier d'attelage, la charrue à roue (sans doute d'origine
slave), le fléau à battre et, last but not least, le moulin
à vent.
Originaire des pays d'Orient, le moulin à vent a remplacé
le moulin à eau qui avait lui-même supplanté le moulin
actionné par des animaux, successeur du moulin à bras.
Les ailes des moulins permettaient aux meuniers de communiquer certaines
informations: les ailes en "x" signifiaient "Je ne suis pas
là" et les ailes en "+" signalaient un décès...
Parallèlement à l'évolution technique, la répartition
des céréales en Europe a subi de profonds bouleversements
en quelques siècles: peu à peu le seigle et l'avoine, qui
supportent mieux les sols pauvres, ont remplacé l'orge et le froment.
Dans le courant du IXème et du Xème siècle, l'utilisation
de ces céréales rustiques et résistantes s'est généralisée.
Au Xème et au XIèmes siècles, le réchauffement
du climat a en outre contribué à l'abondance des récoltes...
Mais malgré ces changements, les simples manants peinaient durement
pour gagner leur croûte. On peut même dire que c'était
une vraie galère de se procurer du pain au Moyen Age quand on n'était
pas fortuné.
Les fours et les moulins appartenaient aux seigneurs et les paysans devaient
payer une redevance pour avoir le droit de les utiliser.
Il fallait d'abord trimballer ses grains jusqu'au moulin. Là, il
fallait attendre pendant des heures que le meunier termine son boulot. Ensuite,
il fallait rentrer chez soi avec sa farine, pétrir sa pâte
et se remettre en route direction le four: une véritable épopée
rendue souvent plus désagréable encore par des meuniers peu
aimables qui mettaient parfois du sable dans la farine...
Pendant que les paysans trimaient pour mériter leur pain, les
seigneurs festoyaient. Une des petites gâteries qui a fait les beaux
soirs des dîners chics jusqu'au XVIIème siècle: le tranchoir,
un pain en forme d'assiette sur lequel on déposait un morceau de
viande et qu'on mangeait à la fin du repas, quand il était
tout imbibé de jus de viande...
Ce n'est qu'au XIIème siècle que le tout venant des mortels
obtint le droit de posséder son propre four en France.
A cette époque, le mot "boulanger" n'existait pas -dérivé
du picard "boulenc" ("qui fabrique des pains en boule"),
il est entré dans l'usage au XVème siècle. On parlait
des "fourniers"(de "four") ou des "pesteurs"
(du latin "pistor").
Leur profession était réglementée par l'autorité
royale. A partir du XIVème, ils ont suivi comme les autres artisans
les lois du compagnonnage. Ils étaient tenus de suivre une formation
auprès des maître boulangers du pays. Au terme de leur apprentissage,
les aspirants compagnons passaient une sorte d'examen: ils devaient confectionner
une pièce décorative appelée "chef-d'oeuvre",
et la soumettre à l'approbation de douze jurés nommés
par le Grand Panetier...
Dès le XIIIème siècle, une grande variété
de pains de bonne qualité étaient disponibles dans nos régions.
Mais tout n'était pas rose pour autant: les récoltes étaient
précaires et le réseau de transport à l'état
embryonnaire... |