Le pain et le sexe

Le pain n'est pas seulement lié à la spiritualité et à l'au-delà.
Depuis la plus Haute Antiquité, son mode de fabrication est associé à la procréation.

L'enfournement, la cuisson et le défournement évoquent la copulation, la grossesse et l'accouchement.
Le mot "zéra" a un triple sens en hébreu et en chaldéen: il réfère à la fois à la semence végétale, au sperme et à la descendance d'un homme.
"Zéra" a été traduit en grec par "sperma", en latin par "semen", en français par "semence"...
Quant au mot "placenta", c'était le nom d'une pâtisserie de fête très appréciée dans la Rome Antique.

En Grèce au Moyen Age, on allait jusqu'à enfermer certains enfants dans les fours: ceux qui naissaient après un bébé mort-né ou après la mort d'un aîné et dont on disait qu'ils "mangeaient" leurs frères et soeurs.
On les mettait dans un four, on allumait un feu devant la porte et on les interrogeait: "Mangeras-tu tes frères et soeurs?"
Quand ils avaient répondu non (eux ou un adulte à leur place) on les laissait sortir. Ce petit séjour dans un four à pain correspondait à une nouvelle gestation.
Hänsel et Gretel du célèbre conte des frères Grimm ne sont pas loin...

Dans nos régions, le levain qui fait gonfler la pâte comme enfle ventre de la femme enceinte a longtemps été l'objet de soins particulièrement attentifs: on veillait sur lui comme on veillait sur les futures mères.
On évitait par exemple de faire du bruit en sa présence, comme on s'efforçait d'être silencieux dans les parages d'une femme enceinte: le bruit aurait pu faire retomber la pâte ou provoquer des taches de naissance ou des malformations sur le corps du bébé...
En Grèce également le levain était associé à la grossesse: les femmes qui se prêtaient mutuellement du levain, excluaient de leurs échanges leurs voisines stériles...


Procréation, gestation... le pain symbolise les forces de la vie.
Un certain érotisme règne autour de sa fabrication, comme le démontrent certains mots appartenant à son vocabulaire: "miche"pour les pains ronds, "bâtard" pour les pains longs, l'anglais "buns" qui désigne à la fois une paire de fesses et un petit pain au lait...

Dans certaines régions de Belgique et de France lorsqu'une fille cadette se mariait avant sa soeur aînée, les mauvaises langues disaient autrefois qu'elle "la faisait danser sur le cul du four" (le dessus de la voûte ou de la couronne du four).
Cette expression remonte à une coutume moyen-âgeuse qui voulait qu'on asseye de force les aînées célibataires sur le four à pain pendant les noces de leurs petites soeurs. L'objectif était de les échauffer...

L'érotisme qui règne autour du pain s'explique en partie parce qu'il est capable de séduire tous nos sens à la fois: il sent bon (surtout quand il sort du four), il est beau, agréable à toucher et à goûter et il émet un joli croustillement quand on le rompt... tout cela s'il est de bonne qualité bien entendu.

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